Sanaï

Alors que j'étais allé demander à Gorham ce que ses différentes fouilles donnaient, il a caché quelques trésors sous sa cape et a laissé des parchemins à ma vue.

Je me suis empressé de lui demander de quoi il s'agissait, il m'a alors répondu que ce n'était que de vieux documents inutiles pour lui, qu'il n'en voulait pas, trop peu de valeur. 
Profitant de cette occasion, je marchandais les manuscrits pour quelques Lumens et repartais déjà vers un endroit calme pour les déchiffrer.

J'ai du apprendre, pendant mon voyage jusqu'en ces terres, la langue eldorianne et j'ai reconnu là ce dialecte.

Voici la retranscription de ces parchemins jaunis par le temps dont l'encre était encore à peine visible.




Le temps semble s’être arrêté, la lumineuse cité n’est plus que sang et cris, ils ne tarderont pas à me trouver et à me tuer comme ils en ont déjà tant trucidé.

Même si cette bibliothèque est restée secrète, je les entends aller et venir.
Que la Prompte et Forte Poigne me permette d’écrire l’ouvrage que j’ai toujours remis à demain, cet hommage à la plus grande Dame des Landes ! 

Oh Sanaï ! J’espère que vous avez réussi à partir loin d ‘ici en emportant l’héritier… 

Pardonnez-moi de ne pas avoir pu vous protéger et d’être si faible, mais je vais ici laisser la seule chose que je peux encore vous offrir, pour que votre beauté, votre courage et votre amour traverse le temps. 

Cela fait tant de Fingeliens que je suis à votre service, mais je me souviens de tout comme si c’était hier… 

*

Je me souviens, oui, de ce banquet, elle était assise près de la Reine D’jhi. 
Fingel l’a remarquée dès son arrivée dans le territoire des Amazones. C’était la première fois que je voyais dans les yeux de l’enfant prodige cette lueur étrange à la vue d’une femme. 
Il faut dire que malgré sa discrétion, son charme relevé par les habits simples et le seul collier qu’elle portait ce soir-là auraient subjugué n’importe qui !
Les regards qu’ils se lançaient en étaient enviables, le pauvre Fingel en perdait ses mots… 
Le soir même, ils s’étaient séduis, et dès le lendemain, alors qu’il devait partir vers une autre contrée, il nous surprit tous en décidant de rester quelques temps en terres amazones, et en s’en allant passer la journée avec la sublime Sanaï ! 
Personne ne fut étonné d’apprendre leurs fiançailles quelques jours seulement après leur rencontre, ils formaient le plus beau couple qu’il m’ait jamais été donné de voir ! Ils auraient pu rester ainsi pour toujours, ils étaient si bien… 

Mais Fingel décida d’aller là où personne n’osait se rendre, sur cette bande de terre maudite que les Landes gardaient en leurs serres, Sanaï le supplia de ne pas tenter ce voyage, la reine se joint à ses protestations pour le retenir, mais le fils de Thyllion était têtu et partit malgré tous les avertissements. 
Alors qu’il se préparait à son départ, il glissa quelques mots à sa garde dont je faisais parti, nous demandant de prendre soin d’elle. 

Alors que c’était à mon tour de veiller devant chez Sanaï, j’eus l’impression d’être observé, quelques secondes à peine et je me retrouvais avec la pointe d’une dague enfoncée légèrement dans la chair de mon cou. En ce temps là j’étais jeune et je réagis rapidement mais ne réussis pas à désarmer mon adversaire. A peine le temps de reprendre mes esprits qu’une voix que je connaissais s’éleva, me demandant ce que je faisais là. 

C’était Sanaï elle-même ! 
A la pâle lueur de la lune et des étoiles, et dans cette tenue légère, elle apparaissait encore plus belle que lors du festin, et je restais un instant sans voix avant d’expliquer que je montais la garde. 
Bien que je sache que cette femme agile et guerrière n’ai pas besoin de protection, je veillais quand même, pour Fingel. 
C’est au cours de ces nuits de veillées que j’en appris plus sur Sanaï. 

* *

J’avais entendu de nombreuses personnes parler des hauts faits de Sanaï, cette d’jhi de la lignée des plus braves guerrières que ce peuple ait jamais connu, mais racontés de sa voix, ils prenaient une toute autre forme ! 
Je ne sais si c’était modestie ou franchise, mais ses récits et ceux que les autres faisaient étaient très nuancés. 

Ils disaient qu’elle s’était battu vaillamment contre une armée entière de cyclopes seule et qu’elle s’en était sortie indemne, elle parlait d’un petit groupe de cyclopes qui avait réussi à la blesser au dos par un coup traître. 
On disait qu’elle avait sauvé la reine D’jhi après avoir reçu deux coups d’estoc, Sanaï rétorquait qu’elle n’avait que combattu avec d’autres et avait eu la chance de porter le dernier coup, que les blessures qu’elle avait eues, n’étaient que superficielles. 
Ceux qui l’avaient vu combattre du haut de son cheval la comparaient à une déesse tant ses mouvements paraissaient se fondre avec l’environnement qui l’entourait. Son agilité et la précision de ses coups ne laissaient qu’une infime chance à ses adversaires. 
Elle recevait les éloges de son peuple, mais elle souriait et prétendait que c’était l’entraînement. 

Sanaï n’aimait pas parler d’elle, et elle ne prenait pas activement part à la politique de son peuple, le seul discours qu’elle prononça un soir, laissa ses sœurs abasourdies par la vérité crue, et la franchise de ses mots. La politique n’était pas faite pour elle. 
Elle préférait le front. A chaque bataille menée, elle allait aider et ne revenait que si l’ennemi avait été vaincu ou que sa supérieure lui avait ordonné de se replier. La fatigue pendant le combat cédait sa place à l’âme guerrière. La mortelle semblait devenir l’ultime. 

Oh si Fingel l’avait vu attendre son retour, aller à cheval à la frontière avant que la nuit ne tombe, regarder le ciel avec impatiente. 
Heureusement qu’Il est revenu, elle en aurait perdu de sa superbe avec sa disparition. 

* * *

Quand Fingel revint et qu’il parla de la Prompte et Forte Poigne, Sanaï fut la première à s’engager à ses côtés pour étendre cette croyance. 

Elle allait auprès des populations, les aidait et prônait l’Union ainsi que la croyance en la nouvelle religion. 

Et lorsque la construction de Luminea fut entamée après la victoire de l’Alliance face à l’attaque Sinane au canyon du Trépond et le début de la conquête des Landes lancée, la belle d’jhi alla au devant des prêtres et croyants, elle aida aussi à tous les travaux qu’elle trouvait. 

Déjà bien connue et appréciée auprès des foules, elle n’en fut que plus glorifiée.

Le couple Divin décida de se marier le jour de l’inauguration du grandiose temple dédié à la Prompte et Forte Poigne, construit dans la capitale. Cette Union restera j’en suis certain la plus belle de tous les temps. Et ce couple, le plus mystique et touchant de l’Histoire.
Leur bonheur était tel, que rien ne venait le troubler. 

Mais les Sinans préparaient leur vengeance, et lors de l’inauguration de la grande Luminea vinrent par les portes magiques installées par les Hommes Bleus des monstres tout droit sortis de l’enfer, oh ! ce massacre ! Je revois mes amis tomber, les uns après les autres, je me rappelle l’ordre de Fingel, déchirant, je me souviens de cette course à travers les ruelles de la ville aux côtés de Sanaï qui se défendait brillamment.
Ah ! cette fuite vers le désert bleu, ces jours sombres, et ses yeux assombris… 
Cette image hantera le maître de l’Alliance et les siens jusqu’à leur mort… 
Sanaï était déjà tant attristé les évènements, il fallut que Fingel se sacrifie et se déguise en Sinan. 
Je l’ai vu torturée, regarder par la fenêtre, regarder vers le lendemain, en se demandant s’il reviendrait. Cependant, pas un seul instant je la vis perdre espoir.

Elle devint pendant cette période, celle qui reprit l’Alliance malgré les difficultés.
Nombre de fois ses discours prononcés avec passion redonnaient courage aux guerriers. 
L’amazone regrettait de ne pas pouvoir aller au front les aider, mais les représentants de l’Alliance veillaient à ce qu’elle ne prenne aucun risques. 

Toutefois quand elle appris qu’Erham le Souverain Sinan lancerait sa plus grande offensive, elle désobéit et s’avança fière, derrière l’armée. 
Quand elle le vit, ce conseiller Sinan chevaucher vers eux, un étrange orbe au poing, elle sut que Fingel était vivant, et lorsque l’orbe fut brisé et que l’armée sinane se trouva décimée, ensanglantée à cause de la violence du combat elle tomba dans les bras de son aimé. 
Comme le Divin avait changé, comme il semblait rongé par l’amertume… 

C’est ce jour-là que je perdis mes capacités au combat, gravement blessé à la jambe. 
Comme je m’en veux de ne pas avoir vu ce fourbe et cette lame… 

Fingel aurait du accepter de venir se reposer, il n’aurait jamais du vouloir relever les peuples tombés… Son cœur est trop bon, son espoir bien trop grand… 

* * * *

Le climat des terres galdures est réputé pour être l’un des plus difficiles à vivre.
Fingel et son escouade en firent les frais.

Après des semaines d’errance sous les vents et les neiges qui les ralentissaient, ils poursuivirent un petit groupe de galdurs, les derniers qu’il restait de l’armée déchue sinane… 
Mais alors qu’ils semblaient vouloir se rendre, un nécromant prononça une incantation qui figea dans le temps Fingel et ses troupes. 

Sanaï (Texte de Valiant)

 

 

Sanaï brava les interdictions une seconde fois, et se rendit avec une petite escorte dont je faisais partie en terres galdures. 
Elle vit son mari paralysé avec tous ses guerriers… 

Elle se jura de les délivrer.

Pendant des Fingeliens elle demanda de l’aide aux alliés, mais aucun ne put parvenir à libérer fingel du sort… 
Elle s’en remit à l’Alta Mundi du peuple Kultar qui venait de sortir de guerre. 
Mais la déesse vivante se fit difficile, elle ne voulait pas aider des personnes qui ne le méritaient pas.
Elle voulait savoir si Sanaï souhaitait réellement que Fingel soit libéré.

C’est alors que Sanaï partie seule en terres kultares, nous écartant tous.

Je partis tout de même, malgré ma jambe, à sa suite, masqué dans les bosquets, embourbé dans les marécages. 
Le pauvre elfe que je suis… si je m’étais fait prendre, je n’aurais plus revu le jour ! 

Ce que je vis dépasse l’entendement…Je me demande si la magie kultare ne m’a pas rendu fou !

Au beau milieu d’un grand marécage, un rituel eu lieu.
Sanaï se trouvait au milieu d’un cercle tracé naturellement par la mousse, assise sur un rocher plat mais haut comme un kultar, tout autour étaient taillés dans la roche des symboles que je ne pouvais voir à cause de la distance.

Cinq kultars entouraient Sanaï et prononçait des formules que mon ouïe elfique n’a pas réussies à déchiffrer. 

J’ai eu l’impression qu’une aura magique entourait la scène, et après les plus longues minutes de ma vie, je vis Sanaï tomber, les kultars s’en aller, la laissant seule à terre. 

Alors que je voulus la secourir, je reçus un violent coup sur la tête. 

Quand je me réveillai, Sanaï lisait un parchemin, et le doute s’initia dans ses yeux. 

Je m’avançai et elle prit un air surpris, me dit qu’elle avait vu ce qu’il adviendrait et que l’épreuve n’était pas finie.

A toutes mes questions, elle ne voulut pas répondre, et repartit comme tourmentée.

Je ne pouvais supporter l’idée de ne pas savoir : j’interrogeai par la force un pauvre Kultar passant par-là, il dit que « les sorcières » lui avaient montré la « chute de l ‘Alliance », qu’ « Elles » voulaient la tester. Puis il repartit avec un rire à travers les marécages…
Je déteste les Fous, on ne sait jamais si ce qu’ils disent est dans le vrai. 

Sanaï luttait, mais la guerrière spontanée que j’avais rencontrée avait bien changé, elle songea à abandonner l’idée, mais à chaque fois alors que je lui demandais si elle croyait à ce que l’Alata Mundi lui avait montré, elle secouait la tête, et refusait de l’accepter et allait effectuer le combat suivant. 

Son épreuve, consistait en plusieurs actes à accomplir où magie et combat étaient liés, mais surtout où la patience et la force intérieure de l’amazone étaient testés. Tantôt elle était laissée seule dans un bourbier dans lequel le moindre faux pas lui aurait coûté la vie et où la nourriture était rarissime, d’autres fois, on la laissait livrée à elle-même dans une salle dont elle ne pouvait sortir qu’en trouvant la solution magique. 

Le visage de la D’jhi s’endurcit, sa vision de l’avenir déjà réaliste, n’en était que plus restreinte. Je la surpris un soir, la veille de la dernière épreuve séchant ses larmes, elle me dit que tout allait bien, que c’était la joie de retrouver Fingel dans peu de temps… Mais je lisais dans la douleur de son regard qu’elle me cachait la vérité.

Je ne lui demandai jamais ce qu’elle avait vu lors du rituel, ni comment elle avait réussi à surmonter les épreuves ; elle ne m’aurait pas répondu et il ne vaut mieux pas retourner la dague dans la plaie. 

Quelques jours après, l’alta Mundi vint elle-même donner son accord à Sanaï, acceptant ainsi de l’accompagner en terres galdures, accompagnées d’une escouades de kultars mages et de la garde de Sanaï, nous bravâmes une seconde fois les neiges et tempêtes pour délivrer la troupe et Fingel. 
Le maître de l’alliance et son armée décimèrent le reste des Galdurs dirigés par le nécromant Sinan grâce à l’aide de l’Alta Mundi. 

Et après avoir restructuré le peuple Galdur comme il se doit, Fingel retourna à Luminea. 

* * * * * 

Sur cette nouvelle victoire, tous rentrèrent à Luminea, où fut donné une splendide fête.

Sanaï était resplendissante, et l’héritier naquit alors en le fingelien 131 et put couler quelques douces heures auprès de ses deux parents.

L’amazone s’avéra être une mère formidable, et les populations la saluaient comme la plus grande Dame que l’ère eut connue. 
Ce qui est vrai. 

C’était une merveille que de les voir tous trois, baignant dans une paix fragile mais si reposante. Ah ! si ce bonheur aurait été pour eux deux éternité, si seulement ce Tallikion n’était pas venu au monde… 

Mais voici le présent : les rues sont devenues des champs de bataille, le chaos se fait !



Qu’entends-je ? 
Qu’est-ce ?
Le sol tremble sous mes pieds, les livres tombent de leurs étagères, par les Mains Divines ! 

Sanaï, puissiez-vous avoir réussi à partir, et que les prédictions de l’Alta Mundi vous ai montré cet avenir orageux…

Enfuyez-vous, il est encore temps ! 

Je n’ai plus rien à perdre à présent, il ne me reste qu’à crier sur les remparts de la cité en perdition, gloire à Fingel ! Gloire à Sanaï !

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